«La communication dévore ses propres enfants» 

«La communication dévore ses propres enfants» 


FIGAROVOX/TRIBUNE – Greta Thunberg a attaqué la France en justice pour son inaction climatique. Pour Arnaud Benedetti le Président Macron se retrouve pris au piège de sa communication en matière d’écologie.


Arnaud Benedetti est spécialiste en communication, il a notamment publié Le Coup de com’ permanent (Éd. du Cerf, 2017).


Macron à New-York n’aura pas petit-déjeuner chez Tiffany… mais il aura appris à ses dépens ce que la com’ marketée à l’excès peut avoir de radicale.

Non sans bon sens et avant son arrivée aux USA, le Président a rappelé que les mobilisations de la jeunesse devraient plutôt se concentrer sur les maillons faibles de la lutte contre le dérèglement climatique, à savoir les États, qui à l’instar de la Pologne, bloquent entre autres les possibilités d’accord sur la neutralité carbone à l’échelle européenne.

Emmanuel Macron est le fils du système productiviste, industriel, technologique comme bon nombre de dirigeants de cette planète.

Ce retour à une com’ transgressive de l’hôte de l’Elysée, après des semaines d’abstinence provocatrice, a ceci de signifiant par la révélation cruelle qu’il renvoie au chef de l’État. On trouve toujours plus communicant que soi et plus écologiste également.

La métamorphose environnementale d’Emmanuel Macron – suite aux dernières élections européennes et à la percée des verts – se confronte d’abord à la question de la sincérité de ce tournant éventuel. Ce que lui renvoient les plus exaltés, voire les plus radicaux de l’écologie politique – dont la jeune Greta Thunberg fait quelque part partie – est une interrogation quant à l’authenticité de l’engagement présidentiel. Un homme politique est toujours le fruit d’une trajectoire, et cette trajectoire peut fonctionner comme un inhibiteur négatif lorsqu’il s’agit de convaincre de la sincérité de son expression, a fortiori quand cette dernière est censée incarner un infléchissement, voire une transformation de son corpus de convictions. Emmanuel Macron est le fils du système productiviste, industriel, technologique comme bon nombre de dirigeants de cette planète. Or cette socialisation entrave à plus d’un titre le positionnement volontariste que le Président entend incarner en matière environnementale. Pour une raison simple: l’écologie politique s’est construite historiquement en réserve, voire parfois en critique absolue de ce modèle. Greta Thunberg s’inscrit dans cette filiation, même si elle ne l’explicite pas toujours. Le dirigeant français est confronté ainsi à la mise à l’épreuve de son propre parcours au prisme d’une écologie qui se pose comme alternative parfois radicale à une vision du monde née du positivisme comtien. Ce nœud gordien est porteur d’un immense malentendu parce qu’il met en évidence la béance entre deux conceptions du monde bien peu conciliables. À sa façon, la démission de Nicolas Hulot avait déjà sonné l’alerte.

La com’ ne s’embarrasse guère de nuances quand elle prétend à l’âge de l’innocence.

Le Président court après le vert depuis le début de son mandat. Il a accéléré le pas depuis quelques mois, mais sa parole est aux yeux des partisans d’une rupture écologique soupçonnée, suspectée et parfois presque inaudible pour les plus radicaux d’entre eux.

La jeune Thunberg, icône mondiale d’une jeunesse aux angoisses parfois préfabriquées par les lobbyistes d’un millénarisme communicant, en portant plainte contre la France et quatre autres pays (Allemagne , Argentine , Turquie , Brésil) portent le fer de l’excès dans une chair dont la responsabilité est de … produire 0,9 % des émissions mondiales de CO2! La com’ ne s’embarrasse guère de nuances quand elle prétend à l’âge de l’innocence. Le Président de la République, adepte averti de cette dernière, est de cette manière pris au mot, mais bien plus encore au piège d’une hubris communicante qui sous prétexte de lutter contre le réchauffement climatique échauffe de manière incandescente les émotions des opinions. La petite Greta, objet de marketing politique, lui rappelle que la com’ aussi, comme la révolution, dévore ses propres enfants.



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